Fermées pendant des décennies, aujourd’hui les grilles majestueuses des Châteaux sont ouvertes et ne demandent qu’à être franchies. Leurs propriétaires de Grands Crus Classés ont à cœur de faire visiter leurs chais, de faire déguster leurs vins et d’échanger avec leur public.

C’est dans les années 70-80 qu’une poignée de négociants bordelais décidèrent de s’allier avec les propriétaires des Grands Crus Classés du Bordelais pour faire découvrir leurs vins à une sélection de sommeliers. Des professionnels de la dégustation officiant dans les restaurants les plus prestigieux à travers le monde. Une démarche plus que maligne qui se révéla payante lorsque les sommeliers, éblouis par la qualité des vins et leurs prix ( à cette époque très raisonnables ! ) les placèrent sur leurs tables. C’est l’époque de émergence des grands chefs, le moment où aller dîner chez Bocuse, Troisgros, Robuchon, ou Bras est une expérience que chacun a envie de vivre. Les Grands Crus Classés ont trouvé leur public.

Les Châteaux , forts de cette notoriété soudaine et avec l’aide des courtiers de la place de Bordeaux, vendent leurs vins en primeurs et ne portent plus de stock. Tout le monde est gagnant : Les négociants sont les distributeurs, les courtiers les intermédiaires et les Grands Crus Classés n’ont plus qu’à fixer leurs prix et à choisir à qui donner leurs allocations. Le tout arbitré par les notes de Parker et les savant conseils de Michel Rolland. Des années florissantes qui ont vu les tarifs des grands vins exploser.

Oui mais voilà, d’autres régions, d’autres pays, ont commencé à produire de très bons vins et les consommateurs ont commencé à vouloir comprendre ce qui rend ces Grands Crus Bordelais exceptionnels…

C’est dans les années 2010 que les portes ont vraiment commencé à s’ouvrir. Aidé par la beauté et la richesse de la ville de Bordeaux, son inscription au patrimoine de l’Unesco, les touristes ont afflué en ville mais aussi dans le vignoble. Beaucoup de Châteaux ont conçu des infrastructures et des formules pour accueillir le public. Les consommateurs sont devenus des acteurs, les vins des produits de luxe, objets de rêve et même des placements financiers. Dans ce contexte, il est bien légitime que les amateurs du monde entier aient envie d’être reçus chez les heureux châtelains.

Même les Premiers Grands Crus Classés tels que Mouton Rothschild, Margaux, Cheval Blanc ou Latour proposent, sous certaines conditions, des visites.

Il n’est plus question de snober les demandes de visite, les propriétaires ont bien compris les enjeux et ont su s’adapter à l’intérêt du public. Les visites sont complètes ; de la vigne au chai en passant par la dégustation des vins encore en cours d’élevage dans les fûts de chêne, rien n’est caché ! Grâce à cette démarche et malgré les prix très élevés, le vin s’est démocratisé. Les grands ont entraîné dans leur sillage les petits et la renommée des vins de Bordeaux est devenue profitable à toutes les propriétés de Gironde.

Les consommateurs sont pourtant loin d’imaginer que la production des Grands Crus Classés représente 2% de la production totale girondine !

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